1931 est une année de travail « en silence » pour la F.N. et ses collaborateurs.
La rentrée officielle de la marque sur des circuits n’est prévue que pour 1932, le 1er mai plus exactement, au Grand Prix de Falmignoul. Il faut donc faire vite. Les mois sont comptés.

Et l’ambiance n’est pas au beau fixe. L’inquiétude est de mise.
Les choix techniques retenus par Marchant ne se concrétisent pas. La mise au point des solutions de l’ingénieur anglais est longue et laborieuse. Les essais se passent mal.

Les motos sont testées, notamment dans la côte de Mont Theux ou dans les environs de la Baraque-Fraiture. Les problèmes sont nombreux. Le plus important concerne les moteurs, qui explosent souvent dans les jambes des pilotes, quand ce ne sont pas les chaînes qui cassent ou les cylindres qui « serrent ».

Marchant a opté pour des moteurs avec arbre à cames en tête de culasse commandés par un arbre à pignon d’angle. La puissance et la compression sont phénoménales, mais le haut bloc moteur ne résiste pas. Les culasses, en bronze, sont trop fragiles. En juin, au retour du « TT » Marchant fait les frais de son entêtement. Il est remercié.

C’est son numéro deux, l’ingénieur belge Henry Van Hout qui lui succède, et avec lui, l’équipe compétition quitte le hall spécialement construit pour Marchant, pour s’installer dans l’usine même, à côté du service des essais « voitures ». L’endroit est plus confortable. Surtout, il est chauffé !
Aidé de ses pilotes et de ses dessinateurs, Van Hout réorganise le département et modifie aussitôt les solutions techniques. L’arbre à cames n’est plus entraîné par arbre, mais par chaîne. Le sélecteur de vitesse est également modifié, ainsi que la partie cycle. Mais c’est au niveau des alliages employés que les changements sont les importants :

« La culasse en bronze est remplacée par une culasse en aluminium. Le cylindre est en aluminium également, avec une chemise en fonte nitrurée, traitée thermo chimiquement par l’azote pour un durcissement superficiel d’alliage ferreux. Le carter moteur est en électron, alliage léger à base de magnésium. »

On sent le métier de « fondeur » dans les choix de Van Hout. Et ses choix s’avèrent d’emblée judicieux ! Les performances sont au rendez-vous.
La puissance demeure et la résistance des moteurs s’améliore considérablement. L’équipe est sur la bonne voie et va travailler d’arrache pied, pendant tout l’été.

En 1930, Jules Tacheny gagne des courses. A Wavre, encore sur son A.J.S. où il partage la victoire avec Grégoire (Saroléa), après une montée de la côte à la vitesse moyenne de 125 km/h ! Et aussi à Névremont, sur F.N.. Quant à Floreffe, il y bataille pour la victoire et l’emporte en Seniors, contre Noir, qui pilote une Saroléa.

Noir, dont le vrai nom est Erick Haps était « le petit jeune qui monte » à cette époque. Agé d’à peine 21 ans, il était Bruxellois d’origine. Il habitait rue Blanche. Il allait très vite compter parmi l’élite du sport motocycliste belge. Rapidement remarqué par l’usine Saroléa dans laquelle il sera engagé en 1932, il rejoindra par la suite le team F.N. et son ami Demeuter.

Le 17 Mai, à Biesmes, Tacheny est en grande forme.

"En 350cc, c'est le régional Vergnon, qui avait l'avantage de connaître parfaitement le circuit, qui l'emporte, devant un Tacheny (AJS 350cc) guignard comme à l'habitude. Décidément, di-on, Tacheny est devenu un grand crac"

Quelques jours plus tard à Mettet, à nouveau la guigne pour Jules Tacheny !

Le 7 juin.- 4e Grand Prix Entre Sambre et Meuse.

Les 2 km.800 du circuit sont en parfait état. 6 courses dotées de 9.000 Frs de prix, auxquels il faut ajouter de nombreuses coupes et objets d’art de valeur.

La drache inévitable…. Les officiels n’ont pas le sourire car un Grand Prix est très coûteux et une journée de déveine suffit pour mettre à mal une encaisse patiemment réalisée. Péniblement, le soleil fait de temps en temps une apparition et heureusement, la foule arrive nombreuse.

Grégoire fait une chute sans conséquence.
Pintos perd la berline de son side-car et roule dans le fossé avec son passager…sans dégâts.

Mais l’épreuve attendue par Mettet, est celle où deux gars de la région la disputent : Vergnon et Tacheny. Comme toujours Tacheny prend un départ foudroyant et prend la tête pendant trois tours pour la laisser à Charlier et reprendre enfin encore une fois le commandement.
Les Jobains exultent déjà… mais soudain, le groupe passe sans Tacheny, arrêté pour remplacer une bougie. C’est la consternation et la colère dans le clan des « Jobains » (à prononcer « D’jobains » - nom des habitants de Mettet dont le patron est St Job), des reporters vont noyer leur chagrin dans le fruit défendu, sans s’occuper de leur mission.
La foule devient houleuse… Tacheny remonte en machine, mais avec un tour de retard. Jusqu’à la fin, il talonne courageusement le champion et reconquiert la faveur du public. Vergnon, de son côté, fait un bel effort, mais abandonne au 18e tour.


Deux semaines plus tard, le 21 juin, c’est le Championnat de Belgique à Francorchamps.
La presse s’impatiente de voir les nouveaux pilotes de la FN. Les commentaires sont encourageants.


Commentaires dans le Bulletin Spécial de la FMB, au sujet de la participation de Tacheny et de Milhoux au Championnat de Belgique 1931


TACHENY
C'est avec le plus vif plaisir que je le vois figurer dans l'équipe officielle de la F. N. Je ne dirai jamais assez de bien de Tacheny, que je considère, tant comme technique que comme tactique, l'égal des meil­leurs en Belgique. J'attends avec intérêt sa prestation en 500 CC., où il peut très bien figurer en très bonne place. Espérons que la guigne cessera de le tenailler.

RENÉ MILHOUX.
Aucun de nos conducteurs en activité ne possède un passé aussi merveilleux que celui de René Milhoux. Vainqueur au Grand Prix d'Europe, en 1925, il n'a cessé, depuis, de se distinguer de magistrale façon. Détenteur de très nombreux records du monde, Milhoux est un des plus prestigieux, des plus étourdissants et aussi des plus extraordinaires représentants de notre sport.

Milhoux s’octroie une magnifique première place en 350cc.
Mais pour ce qui concerne la course des 500cc, pas de F.N. dans les points.
La victoire revient aux pilotes de l’usine concurrente Saroléa, Léopold Demeuter et Noir (Eric Haps), qui étrennent avec succès, une nouvelle machine spécialement taillée pour la compétition, la 500 « C » (C pour Championnat).

Tacheny finit encore premier au Grand Prix des Ardennes ainsi qu’à la côte de Mont Theux, coupe du Pery.

La concurrence est rude, mais Tacheny et Milhoux s’accrochent.
Sans doute savent-ils déjà que l’heure approche…

Encore un peu de patience, Jules….
La gloire a besoin de quelques mois pour lui fixer un rendez-vous historique…